Interview de la Consule générale dans le petit journal.com d’Istanbul

Interview de la Consule générale dans le petit journal d’Istanbul

MURIEL DOMENACH, CONSULE GÉNÉRALE – “Représenter la France là où elle n’est pas attendue”

Consule générale de France à Istanbul depuis septembre 2013, Muriel Domenach revient avec lepetitjournal.com d’Istanbul sur les initiatives qui ont marqué sa première année à ce poste, sur celles qu’elle souhaite mettre en œuvre, sur quelques dossiers majeurs (Syrie, visas...) mais aussi sur son parcours de femme qui s’attache à “choisir tout”, vie personnelle et professionnelle.

Lepetitjournal.com d’Istanbul : Vous êtes à Istanbul depuis un peu plus d’un an, et Consule générale pour la première fois de votre carrière. Avec le recul, ce poste correspond-il à ce que vous attendiez ? Y a-t-il des aspects de la fonction qui vous ont surprise ?

Muriel Domenach : Je viens d’un domaine très spécialisé – la diplomatie multilatérale, les affaires politico-militaires, les négociations… Un domaine extrêmement prenant, qui ne me laissait pas beaucoup plus de temps pour moi et ma famille, mais tout de même assez cohérent dans la nature de ce que nous faisions. Ici, la vraie surprise a été la diversité de cette activité, la diversité des rencontres, des temporalités… Dans une même journée, vous traitez à la fois des affaires d’enseignement du français avec la Grande municipalité d’Istanbul, vous maintenez des contacts avec l’opposition syrienne, vous rencontrez un nouveau galeriste français, vous vous occupez du ramassage scolaire, de l’organisation d’un dîner, du cas d’un “combattant djihadiste”, vous accordez une interview, vous assistez à l’inauguration d’un festival de cinéma et vous rencontrez des professionnels français du cuir, par exemple ! Cette diversité est surprenante, fatigante mais en même temps enrichissante.

Il y a l’aspect “relations publiques” de la fonction mais aussi l’aspect intellectuel, la nécessaire maîtrise de dossiers très différents…

En effet, c’est un travail immergé qu’il faut pouvoir faire pour comprendre ce qu’il se passe dans le pays et dans quel sens agir. Le survol des journaux, l’investissement d’un certain nombre de sujets de fond… Techniquement – je veux par exemple lancer une séquence sur l’agroalimentaire – mais aussi intellectuellement, avec certains sujets comme le génocide arménien, sur lesquels il faut savoir de quoi on parle.

Vous avez associé votre nom à plusieurs événements inédits (soirée Saint-Valentin, Nuit du Ramadan au Palais de France...) Pourquoi ? Qu’est-ce que cela nous dit sur l’image de la France que vous souhaitez incarner ici ?

Au-delà de l’effet de surprise, mon idée est de représenter notre pays pour ce qu’il est, et là où il n’est pas nécessairement attendu. En Turquie, il existe une image très installée de la France, généralement positive malgré parfois des clichés qui le sont moins. On ne nous attend pas sur certaines réalités. Sur la créativité : la rencontre vendredi dernier à l’Institut français avec le designer culinaire Marc Brétillot témoignait par exemple de cette intense créativité. Une autre réalité méconnue est notre pratique de la laïcité : une laïcité ouverte, qui aménage la neutralité de l’espace public pour la coexistence et le respect des croyants et des non-croyants. Cela n’est pas forcément perçu ici, raison pour laquelle j’avais souhaité organiser cette Nuit du Ramadan au Palais de France.

L’image d’une France légère, aussi, avec cette soirée Saint-Valentin, qui marquait également la “lune de miel” des relations franco-turques quinze jours après la visite en Turquie du président de la République. Une France qui assume aussi l’évolution de sa société – en marge de la Gay Pride, nous avions accroché sur la façade du consulat une tenture assez discrète du dessinateur turc bien connu en France, Selcuk Demirel, comme un appel à la tolérance.

Une France diverse, enfin, raison pour laquelle j’ai invité Pascal Nouma au Palais de France le 14 juillet, après avoir découvert qu’il était une star en Turquie. Il était extrêmement surpris de se retrouver au Palais de France pour la première fois, et m’a dit qu’il n’avait pas eu de contacts avec les autorités françaises auparavant. Pascal Nouma, binational franco-camerounais, c’est aussi un beau témoignage de la France qui va vers la Turquie : il parle turc, il est intégré, il aime la Turquie, il en est aimé… C’est donc une réussite française ici.

Avez-vous l’impression que ces initiatives sont toujours bien comprises ?

J’ai peu de retours négatifs de la part des Turcs. Sans doute – c’est mon explication – parce que ce pays a énormément confiance en lui-même. C’est un pays extrêmement énergique, porté par un goût pour la nouveauté, avec une capacité à être de plain-pied dans les choses sans cette distance, cette ironie, peut-être ce snobisme que nous avons souvent en France. Je trouve donc que ces initiatives sont bien comprises de ceux qui nous connaissent et qu’elles nous font connaître auprès de ceux qui n’avaient pas vraiment de relations avec nous. Par exemple, à ma grande surprise, des gens extrêmement divers sont venus à la Nuit du Ramadan. Une représentante de l’AKP (Parti de la justice et du développement, ndlr) m’a par exemple confié y avoir rencontré des gens auxquels elle n’avait pas adressé la parole depuis des mois… J’étais fière de réunir des gens d’horizons très différents à l’iftar de cette Nuit du Ramadan, avant le concert de jazz dans les jardins : des responsables AKP, des responsables de la cemaat, des laïcs très militants, des militants LGBT, des militantes féministes, des ecclésiastiques arméniens, des Grecs, des Juifs… Finalement, tout cela s’est fait très naturellement et je n’ai pas l’impression que ceux qui nous connaissent se détournent de nous à l’occasion de ces initiatives. Je crois même qu’ils sont plutôt fiers qu’on donne ainsi – et à travers l’écho dans la presse – une autre image de la France.

Le 11 novembre dernier, nous avons associé des écoliers turcs qui apprennent le français. Ils étaient touchés et surpris. C’était important d’aller vers les Turcs sur les enjeux de mémoire, de commémorer, c’est-à-dire de se souvenir ensemble. Il y a eu aussi les Journées du patrimoine, pour lesquelles nous avons ouvert le Palais de France au public dans un contexte sécuritaire délicat, mais avec un beau succès.

Le prochain événement, le 15 décembre, sera une “soirée canard”. Au-delà du canard, c’est donc le dossier agroalimentaire que vous souhaitez faire avancer ?

Mon idée est en effet d’ouvrir une séquence agroalimentaire. La France est le deuxième exportateur mondial d’agroalimentaire et l’agroalimentaire représente notre deuxième excédent commercial. Nous avons donc toutes les raisons d’obtenir d’excellents résultats en Turquie. Or, sur ce secteur, nous sommes déficitaires (196 millions de dollars en 2013) alors que notre commerce extérieur avec la Turquie est excédentaire. Il y a plusieurs raisons à cela. Certaines sont liées à nous : beaucoup de nos producteurs sont de très petites entreprises qui n’ont pas la taille critique pour aller à l’exportation. Nous travaillons beaucoup avec Ubifrance pour les aider à se structurer à l’international et pour aller vers le client, aller chercher des marchés. Il y a un facteur prix, aussi, puisqu’il s’agit de produits de qualité. Mais il y a également des facteurs externes : des barrières tarifaires et non-tarifaires, des normes sanitaires extrêmement élevées et imprévisibles. Un produit agroalimentaire turc est dédouané dans la journée en France alors qu’un produit agroalimentaire français en Turquie, parfois, n’est dédouané qu’au bout de 40 ou 50 jours. Il faut payer des tests extrêmement chers, sans visibilité sur leur issue.

Cela reste donc compliqué alors même que le consommateur turc a des aspirations de plus en plus importantes et diversifiées. Cette classe moyenne qui émerge aspire à la qualité, et la gastronomie et l’agroalimentaire français offrent une qualité que nul ne nous conteste. Je pense donc qu’il y a là une anomalie et j’espère contribuer à améliorer cette situation. Cette séquence agroalimentaire, qui se poursuivra en 2015, commencera donc ce 15 décembre avec un “dîner canard” en partenariat avec l’Université Özyeğin, qui abrite le Cordon bleu. Il associera des professionnels de la restauration et de l’agroalimentaire et de la restauration. Le chef Gilles Company nous a conçu un formidable menu canard. Les produits de la soirée nous seront donnés par Procanar et le Cordon bleu prend en charge la préparation. Nous ne fournirons que les vins, le Palais de France, bien sûr, et avec les digestifs une pâtisserie bordelaise à faire connaître ici : le canelé.

Pourquoi commencer avec le canard ? Est-ce un goût personnel ?

J’avoue que c’est un goût personnel – je ne vous cache pas que mon conjoint vient du sud-ouest (sourire) – mais je trouve aussi que le canard est emblématique de la gastronomie française, de sa qualité et de sa variété. Le canard peut donner lieu à une très forte valeur ajoutée – le foie gras – mais il y a aussi des produits comme le confit, le magret ou le pâté qui ne sont pas très chers. Je pense que le consommateur turc a droit à la diversification de l’offre en viande, qui reste assez limitée ici. Mon souhait est à la fois de promouvoir l’importation des produits français mais aussi le développement d’une filière ici. Il y a des élevages de canards dans l’est de la Turquie, autour de Kars, et des chefs turcs qui cuisinent le canard. De petites entreprises françaises sont prêtes à travailler avec des Turcs pour développer l’élevage en Turquie, y compris l’élevage bio. Je pense donc que le canard est un bon choix à cause de cet ancrage régional mais aussi parce qu’il n’y a pas d’interdit culturel ou religieux. D’ailleurs, il existe chez nos producteurs du foie gras halal.

Mais quid de ces barrières extérieures dont vous parliez ?

Des négociations se poursuivent entre l’Union européenne et la Turquie. Il est évident que nous ne sommes pas les seuls à faire ce constat sur les barrières tarifaires et non-tarifaires, notamment à l’importation de produits agroalimentaires. Pour aider nos négociateurs, je souhaite avant tout développer la demande, d’autant plus qu’elle existe – nous avons effectué à ce sujet une enquête de terrain auprès de bouchers.

Comment avez-vous vu la relation franco-turque évoluer depuis votre arrivée ?

Je n’ai connu que le passage du “mieux” au “très bien”, après un contexte beaucoup plus difficile des relations bilatérales. Notre ambassadeur, arrivé dans un contexte difficile en 2011, doit aujourd’hui gérer une multiplication des visites. Depuis septembre 2013, il y a eu quatre ou cinq échanges au niveau des présidents de la République et Premier ministre. Une visite d’État du président Recep Tayyip Erdoğan en France est envisagée pour les prochains mois. On assiste aussi à une grande fluidité dans l’organisation des échanges. La dernière visite en France du président Erdoğan, le 31 octobre, a été organisée très rapidement. On constate enfin une grande convergence des positions françaises et turques sur le terrain multilatéral, notamment sur le dossier syrien. Nous nous retrouvons dans la grande fermeté envers le régime de Bachar el-Assad et dans l’exigence envers la communauté internationale pour soutenir et viabiliser l’opposition modérée. Tous les clignotants de la relation bilatérale sont donc au vert.

Le dossier brûlant de la région reste la guerre en Syrie voisine. Au Consulat général, comment êtes-vous amenée à vous occuper de ce dossier dans ses différents aspects – politique, sécuritaire, humanitaire… ?

Nous avons un ambassadeur pour la Syrie – et non un ambassadeur en Syrie – qui voyage beaucoup, tout particulièrement à Istanbul, où se trouve en grande partie l’opposition syrienne. A Beyrouth, à Amman, à Ankara, à Istanbul, nous avons une sorte “d’équipe Syrie”. Nous suivons à Istanbul les assemblées générales de la Coalition syrienne, leurs atermoiements, leurs échecs malheureusement… Moi-même, je rencontre régulièrement ces responsables. C’est le volet politique.

Il y a aussi un volet culturel. J’ai eu l’occasion d’aider la coréalisatrice du film Eau argentée sur le siège de Homs, qui a été présenté à Cannes. La réalisatrice Wiam Bedirxan a coréalisé le film avec Oussama Mohammad – elle à Homs et lui en France. Il y a aussi le film d’Ali Atassi, Notre terrible pays, qui a été primé à Marseille l’été dernier. Nous en ferons la promotion dans le cadre du Festival If en février 2015 et ferons en sorte de leur donner une tribune. C’est aussi notre responsabilité de faire comprendre au public turc, qui est très exposé à la crise syrienne, le combat de l’opposition et de leur faire partager l’espoir d’une autre Syrie.

Il y a évidemment un volet humanitaire. La France a accueilli beaucoup d’opposants politiques et au total 2.300 réfugiés au sens du HCR, et en accueillerons encore cette année, notamment des étudiants. Nous aidons aussi les pays de la région où affluent les réfugiés syriens. C’est un peu dans cet esprit que j’avais suscité un événement poétique au Palais de France à l’occasion de la Journée internationale des réfugiés. Nous avions ensuite organisé avec les associations françaises à Istanbul une collecte en faveur des réfugiés.

Enfin, il y a bien sûr le volet sécuritaire. D’abord, l’impact de la situation sur notre pays de résidence, la Turquie, qui fait face à un fort afflux de réfugiés et à des velléités d’importation du conflit sur son territoire. Nous sommes donc très attentifs. Nous avons été appelés par nos autorités à renforcer notre vigilance dès la fin septembre, dans le contexte des menaces de Daech. La France s’associe à l’action de la coalition internationale en Irak, et nous faisons l’objet de menaces de la part de Daech, menaces régulièrement relayées, y compris par un certain nombre de nos compatriotes dans des vidéos terrifiantes. Nous renforçons donc notre vigilance. J’ai été amenée à écrire à la communauté française par SMS pour l’appeler à la vigilance et pour déconseiller formellement tout déplacement à la frontière.

Il y a d’ailleurs eu cet épisode des enveloppes de poudre reçues par divers consulats d’Istanbul, dont le vôtre. Comment avez-vous géré cet épisode ?

Nous n’avons pas ouvert l’enveloppe. Cette affaire a été un test réel, il me semble. Un test positif sur notre réactivité. Nous avons aussi bénéficié de la coopération de nos partenaires puisque les Allemands et les Belges nous avaient prévenus qu’ils avaient reçu une enveloppe, donc nous n’avons rien ouvert et avons pris toutes les mesures pour que personne ne cède à la panique.

D’une manière générale, je trouve que la communauté française réagit avec sang froid. Il y a un seul contexte dans lequel des rumeurs ont témoigné d’une certaine irrationalité, c’est l’école française. Des messages ont circulé sur Facebook au moment des vacances de la Toussaint. Le vendredi juste avant les vacances, une journée pédagogique a occasionné la fermeture de l’école, ici comme en France d’ailleurs. Et cette fermeture a été interprétée à tort comme le résultat d’une décision d’urgence pour des raisons de sécurité…

Au sujet des Français qui ont rejoint les rangs de Daech : certains d’entre eux souhaitant rentrer en France se sont-ils présentés au consulat ? Si oui, comment gérez-vous ces dossiers ?

Sommes-nous confrontés à cette réalité ? La réponse est “oui”. Avons-nous les équipes pour y faire face ? Oui. La coopération avec les Turcs est maintenant très bonne. Nous avons connu des difficultés d’ajustement en septembre, qui ont donné lieu à la visite du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, à Ankara. Ces difficultés nous ont permis de nous adapter. Désormais, nous travaillons très bien avec les Turcs. Il n’y a jamais eu de mauvaise volonté, simplement je pense que les Turcs sont dans une situation qu’on a tendance à perdre de vue : pour eux, la crise syrienne est encore plus protéiforme dans ses implications. Les Turcs sont aux premières loges et la problématique de ce qu’on appelle les “djihadistes” n’est pour eux que l’une des problématiques auxquelles ils sont confrontés. Alors que pour nous, ici, la problématique des “djihadistes” est centrale.

Autre sujet : les demandes de visas. Sont-elles en augmentation ? Quelle est votre approche sur ce sujet ?

D’abord, le bon sens consiste à comprendre que la Turquie n’est plus que très résiduellement un pays d’émigration. La Turquie est devenue un pays d’immigration. C’est également un pays vers lequel viennent ou reviennent des Français d’origine turque. C’est enfin un pays de transit pour une très grande partie de l’immigration illégale à destination de l’espace Schengen. Dans ce contexte, l’obligation de visas pour les Turcs sera levée à l’issue de l’application de l’accord de réadmission avec l’UE mais pour l’instant, ce n’est pas le cas.

Nous continuons donc de nous acquitter de cette mission du mieux possible. D’abord, en restant vigilants sur le risque migratoire mais aussi en facilitant les visas dans l’intérêt du demandeur et dans notre intérêt – ce sont les instructions de notre ministre fortement relayées par notre ambassadeur. Très souvent, lorsque les gens me demandent un visa comme une faveur, je leur dis d’abord qu’ils n’ont pas besoin de me le demander car nous avons plus de 300 dossiers à traiter chaque jour et je ne peux pas les suivre un par un, et surtout que ce n’est pas une faveur mais notre intérêt. C’est notre intérêt de faciliter, de simplifier et de faire en sorte que nous soient signalés les gens dont l’activité présente un intérêt économique, culturel ou diplomatique pour nous, de faciliter le tourisme vers la France.

Un visa n’est pas un verrou, c’est une clé. Notre taux de refus est faible depuis un moment, mais il y avait sans doute une culture restrictive, sur les durées notamment. Désormais, nous sommes à un taux de refus très faible : 3%. Le nombre de visas demandés reste stable, le nombre de refus baisse, le nombre de visas de circulation délivrés (plus d’un an, ndlr) augmente… Cela veut dire plus de 90.000 visas par an, délivrés en l’espace de 72 heures, ce qui fait de nous les plus rapides de l’espace Schengen. Autant de tendances que je souhaite amplifier.

Concernant les citoyens français, vous aviez notamment pour souhait de mettre en avant le thème de l’emploi. Qu’en est-il ?

Nous avons désormais des conseillers consulaires – trois en Turquie : Bernard Burgarella, Marie-Rose Koro et Florence Öğütgen – qui ont été élus en mai dernier. L’emploi s’est assez vite imposé comme une piste d’action, en plus des domaines tels que les bourses, la sécurité ou l’action sociale. Il y a plusieurs dimensions à ce sujet et il est bienvenu que nos élus se montrent un peu exigeants envers les services de l’État. La Chambre de commerce de son côté a mis en place un cercle de jeunes entrepreneurs qui marche très bien. Il est aussi question d’un site internet rassemblant les offres et demandes d’emploi. Il y a par ailleurs cette plateforme francealumni.fr, lancée le 26 novembre par le ministre Laurent Fabius (nouveau réseau social français destiné aux anciens étudiants étrangers ayant fait des études en France, ndlr). Tout cela permettra de mettre en relation les uns et les autres.

Quels sont les prochains événements à noter dans l’agenda ?

Il sera possible de les suivre sur notre nouvelle page Facebook et sur notre site. En décembre, au lendemain de la soirée canard, nous organisons une soirée avec Jul, auteur français de la série “The Darwinners” (ou “Silex and the city”). Sur Arte, tous les soirs, Jul expose avec humour les problématiques contemporaines en les situant dans le contexte préhistorique. Jul arrivera d’ailleurs de Konya, où il tournait un documentaire sur les Routes de la soie. Il aime beaucoup Istanbul et son best-seller, La planète des sages, de vulgarisation de la philosophie, va sortir en turc au début de l’année prochaine. Nous le rencontrerons donc le 16 à l’Institut français d’Istanbul, événement auquel j’ai associé l’archéologue et préhistorien Martin Godon, de l’Ifea (Institut français d’études anatoliennes).

Nous organiserons une deuxième édition la soirée Saint-Valentin Je t’M/Seni seviyorum en février 2015 pour les couples franco-turcs. Il y aura aussi le Festival If avec notamment les deux films dont je vous ai parlé, Eau argentée et Notre terrible pays. Et en mars, la Journée de la femme, pour laquelle nous invitons avec l’Institut la journaliste Michèle Fitoussi (auteure de La nuit de Bombay sur le parcours de la fondatrice de Princesse Tam-Tam tuée dans le grand attentat terroriste de Bombay, et d’autres ouvrages depuis Le ras le bol des super women) et la directrice de l’ENA, Nathalie Loiseau (auteure de Choisir tout, qui raconte son parcours de femme diplomate avec humour et se propose d’encourager les femmes à oser “choisir tout”).

Nous aimerions aussi organiser en mars avec l’Ifea une journée de réflexion sur les évolutions en Turquie sur la thématique du génocide arménien depuis 10 ans (c’est-à-dire depuis la première conférence universitaire en 2005, ndlr). Dix ans d’ouverture d’un débat limité mais qui existe en Turquie autour du génocide, dans les domaines de l’université, de la presse, de la culture, des ONG, de la littérature, de la musique… Cette société civile extrêmement vivace porte le développement d’un véritable débat. Vu d’ici, je pense que c’est notre rôle comme représentation de la France, non pas si possible de prêcher par voie législative mais d’encourager l’ouverture d’un débat et ceux qui en font la promotion.

En avril, je voudrais marquer le 50ème anniversaire de l’accord migratoire franco-turc. Nous réfléchissons là encore avec l’Ifea, pour remettre en cause le stéréotype de la non-intégration des immigrés turcs en France. Mais il faut aussi réfléchir sur ces Français d’origine turque qui “reviennent” dans leur pays d’origine. Pour moi, tous les Français sont français mais ceux-là m’intéressent dans la mesure où ils sont l’occasion de renouveler notre influence dans la société turque au-delà des secteurs d’influence traditionnels.

En mai, nous réfléchissons à une fête du pain, peut-être à l’occasion de la Saint-Honoré, patron des boulangers et des pâtissiers. Il existe une forte tradition du pain en France et en Turquie. Nos interlocuteurs à Halk Ekmek, qui dépend de la grande municipalité d’Istanbul, sont intéressés par la mise en place d’un Institut national du pain du type de celui qui existe en France.

Et en juin, nous organiserons une deuxième Nuit du Ramadan.

D’un point de vue plus personnel, pour terminer, comment arrivez-vous à concilier vie professionnelle et vie familiale, vous qui êtes maman de trois enfants de 8, 6 et 2 ans ? Faites-vous des sacrifices ?

Je pense que toutes les femmes en font, même si je suis tout de même déchargée de certaines tâches. Malgré tout, il faut quand même penser au kimono, aux devoirs d’anglais du mercredi… Comme beaucoup de femmes, il me faudrait une épouse ! (rire) Mon conjoint est extrêmement présent ; il travaille lui aussi beaucoup et souvent à la maison. Je crois beaucoup dans l’homme moderne ; je crois que l’avenir de la femme, c’est l’homme moderne et pas l’inverse (sourire). Toutes les femmes font un peu de tout, nous sommes toutes multitâches. Je le fais avec un dosage différent et dans un contexte différent que d’autres. Je m’attache sans doute à “choisir tout” comme le dit Nathalie Loiseau, là où d’autres “subissent tout”. Je me sens moins héroïque que celles qui arrivent du bout d’Istanbul pour commencer leur travail à 8h en ayant confié les enfants à une voisine. Je pense aussi que les enfants ont besoin, pour se construire, d’avoir des parents qui s’épanouissent. Pour ma part, j’essaye d’être aussi présente que possible. Mais évidemment, on n’en fait jamais assez … .

publié le 12/12/2014

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