Discours de l’ambassadeur à l’occasion de la remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres à Madame Ayşegül KURTEL, historienne de l’art, directrice de la Fondation d’art contemporain K2, lundi 14 mars 2011

Discours de l’ambassadeur à l’occasion de la remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres à Madame Ayşegül KURTEL, historienne de l’art, directrice de la Fondation d’art contemporain K2, lundi 14 mars 2011

Chère Ayşegül Kurtel,
Monsieur le Consul Général, Cher Hervé,
Madame la Consule Honoraire, Chère Zeliha,
Messieurs les Directeur de l’Institut français de Turquie et de l’Institut français à Izmir, Chers Jean-Luc,
Mesdames et Messieurs,

C’est pour moi un honneur et un plaisir de rendre hommage, à l’occasion du vernissage de cette exposition qui nous replonge dans l’immense succès de cette Saison de la Turquie en France achevée voilà déjà presque un an, à une figure majeure dans le monde de l’art contemporain, qui a contribué à l’écriture d’une de ses belles pages.

Car cette Saison ne vous est pas étrangère, chère Ayşegül Kurtel. Vous avez initié et soutenu, avec votre Fondation K2, une manifestation importante d’art contemporain fondée sur un ensemble de recherches et d’échanges. Ce « pont d’art contemporain entre Izmir et Marseille » s’est notamment traduit par des expositions et des résidences croisées d’artistes. L’initiative, qui explorait des démarches singulières autour des questions urbaines, sociales et culturelles de ces deux grandes métropoles et grands ports du pourtour méditerranéen, s’est ensuite prolongée à Istanbul, dans le cadre des manifestations liées au statut de Capitale européenne de la culture de la ville en 2010. Elle se poursuivra vraisemblablement en 2013, de nouveau à Marseille, lorsque celle-ci aura à son tour ce beau statut. Voilà un projet emblématique de l’esprit de la Saison de la Turquie en France, pont culturel entre nos deux pays, entre nos deux peuples et entre deux sociétés aux liens si anciens et vivaces, quoique parfois trop méconnus. C’est grâce à des projets comme celui-ci que la Saison, la plus grande manifestation de projection de la Turquie à l’étranger à ce jour, avec ses plus de 400 événements dans plus de 100 villes de France, a brillamment démenti ceux qui pensaient que la Turquie n’intéressait pas les Français.

Mais laissez-moi retracer votre exceptionnel parcours personnel et artistique.

Vous êtes née à Uşak, cette ville au grand passé industriel, à la croisée du plateau anatolien et de la région égéenne, au sein d’une famille pour qui l’éducation artistique sous ses multiples formes était une priorité, de même que l’ouverture au monde. Vous avez manifestement bien intégré cet héritage, si j’en crois vos amis qui vous voient parcourir sans cesse la planète : à Boston pour une conférence, à Kassel pour la si prestigieuse Dokumenta, l’une des plus grandes manifestations d’art contemporain, à Paris pour la FIAC où vous êtes régulièrement invitée, ou plus récemment encore à Philadelphie – mais il est vrai que c’était cette fois pour assister à la naissance de votre première petite-fille.

Mais revenons au temps de vos études, que vous avez effectuées à Izmir. Au Collège américain, vous obtenez le diplôme le plus élevé. Vous étudiez ensuite l’histoire de l’art à l’Université d’Egée puis à celle du 9-Septembre. Master et doctorat sanctionnent ce cursus. Votre thèse sur l’Allégorie dans la peinture occidentale (« Allegory in Western Painting »), brillamment soutenue, vous ouvre les portes de l’enseignement dans cette dernière université, et c’est désormais en tant que professeur que vous abordez la Renaissance, l’art moderne mais également l’art contemporain, votre passion.

Cette passion vous conduit à créer votre première galerie et, très vite, la Fondation K2, Fondation pour l’art contemporain. K2, c’est vous ! Vous en êtes l’âme, l’animatrice infatigable, la défenseuse internationale mais aussi – et pardon d’être un peu trivial – la principale mécène. Vous tous ici présents savez mieux que moi que cet espace est vite devenu un lieu incontournable, celui du bouillonnement, de la création la plus pointue, des rencontres artistiques de haut niveau. S’y côtoient artistes de toutes nationalités, conférenciers, journalistes, commissaires internationaux de grandes biennales (parmi lesquelles celle d’Istanbul)… Bref, toutes les personnalités d’importance du monde de l’art contemporain fréquentent K2.

Plusieurs fois vous y conviez des artistes français. C’est d’ailleurs à l’occasion d’une exposition d’un groupe d’artistes français que s’établira la relation avec notre Institut. De cette relation est née une amitié que je crois que l’on peut qualifier d’exemplaire. Mais ce serait trop réducteur de vous cantonner à notre seule relation bilatérale franco-turque : votre incroyable énergie et votre engagement inébranlable sont si connus que l’on vous sollicite de partout. Boston, comme je le rappelais, vous invite régulièrement en tant qu’experte de la scène contemporaine turque, de même que Milan, Venise, Florence, Düsseldorf, Berlin ou Francfort (je pense notamment à l’exposition Made in Turkey dans le cadre de la Foire du livre de Francfort de 2007, qui avait votre pays comme invité d’honneur) pour des projets européens.

On se demande au demeurant où vous trouvez encore le temps de rédiger nombre d’articles sur l’art, d’élaborer des catalogues et d’assumer votre fonction de conseiller artistique du Festival d’art d’Izmir. Peut-être avez-vous au sein de vos écuries – car vous partagez aussi avec votre mari une autre passion pour les chevaux de course, peut-être avez-vous pour voler d’une activité à l’autre un fabuleux cheval ailé semblable au Pégase mythologique dont on trouve mention dès le monde hittite !

Il me faudrait encore longtemps pour dire vos engagements multiples, notamment dans le domaine social. Je citerai juste – car décidément on revient toujours à la relation avec la France – un partenariat avec l’Institut français qui a permis la création d’activités en faveur des enfants défavorisés lors du projet européen Nouveau cirque et arts de la rue, en juin 2008.

Jamais vous n’hésitez à mettre vos réseaux, votre entregent et vos appuis au service de notre Institut. Une belle preuve de cette remarquable collaboration a été la création conjointe des deux triennales d’art contemporain Port Izmir, en 2007 et 2010.

Votre vocation de passeur entre la Turquie et la France prend encore une signification nouvelle quand, sollicitée par la télévision Yeni Asır pour créer et présenter une émission bi-hebdomadaire sur la culture, vous mettez régulièrement la culture française à l’honneur dans votre programme.

Chère Aysegül Kurtel, votre parcours en lui-même, votre francophilie, votre soutien constant à l’Institut français à Izmir et votre engagement en faveur de la coopération culturelle entre nos deux pays ont conduit le Ministre de la Culture et de la Communication, M. Frédéric Mitterrand, à vous décerner, à l’issue de la Saison de la Turquie en France et sur ma proposition, cette prestigieuse distinction instituée en 1957 pour récompenser les personnes qui se sont distinguées par leurs créations dans le domaine artistique et littéraire ou par la contribution qu’elles ont apportée au rayonnement des Arts et des Lettres en France et dans le monde.

Ayşegül Kurtel, au nom du Ministre de la Culture et de la Communication, je vous fais Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres./.
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publié le 25/03/2011

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