Interview de Matthieu Bardiaux, Directeur de l’Institut Français à Istanbul dans le petitjournal.com d’Istanbul

MATTHIEU BARDIAUX – “Exil veut nous faire prendre conscience d’une réalité que nous ne sommes pas enclins à voir”

L’Institut français d’Istanbul propose au public un cycle d’évènements culturels autour du thème de l’exil, du 25 janvier au 3 février. Lepetitjournal d’Istanbul a rencontré Matthieu Bardiaux, son directeur, pour en savoir plus sur cette initiative et sur les nouvelles mesures de sécurité à l’Institut.

L’Institut français d’Istanbul a récemment renforcé son dispositif de sécurité. Pour entrer, il faut désormais être attendu ou avoir fait sur internet une demande d’inscription* aux évènements que propose l’Institut. Par ailleurs, le Bistrot français est momentanément fermé dans le cadre de ces mêmes mesures.

Lepetitjournal.com d’Istanbul : Ce dispositif contraignant est nouveau, n’avez-vous pas peur de perdre du public ?

Les attentats de Paris et d’Istanbul nous ont amené à mettre en place des nouvelles mesures de sécurité, parce qu’il n’est plus possible de faire comme si rien ne s’était passé et continuer comme avant. La préoccupation sécuritaire est évidemment essentielle pour nous, et afin de pouvoir continuer nos activités, nous avons décidé de mettre en place un système d’inscriptions préalables.

Ces mesures sont contraignantes, je le concède, mais elles visent à assurer la sécurité de tous et seront levées quand le contexte s’améliorera.

Vous êtes arrivé à la tête de l’Institut en août dernier, quelle impulsion voulez-vous lui donner ?

Deux orientations principales : d’une part trouver le bon équilibre entre faire vivre ce lieu en diversifiant le public, et d’autre part s’inscrire dans les temps forts qui rythment la vie culturelle stambouliote : biennales, festivals, et d’une manière générale collaborer avec l’ensemble des principaux acteurs culturels de la ville.

Nous tâchons, dans la mesure du possible, d’être en phase avec l’actualité internationale qu’elle soit artistique, culturelle, sociale, et même politique dans une certaine mesure. Le cycle "Exil" en est l’illustration.

Comment avez-vous choisi le thème de l’exil pour ce cycle ?

Nous interrogeons les grands sujets contemporains, et choisissons les thématiques qui ont un écho en Turquie. Toutefois, nous veillons à traiter ces sujets à travers le regard des artistes, des intellectuels, pour relier entre eux différents évènements. En donnant la parole à des écrivains, des photographes, des cinéastes, on obtient un œil différent de chacun sur le même sujet. A mon sens, le regard de l’artiste permet d’analyser et aide à comprendre le monde dans lequel on vit, il permet d’aller au-delà du manichéen “j’aime/j’aime pas”. Cela permet de travailler un thème en capillarité, et c’est que je souhaite mettre en place également au niveau de l’Institut : associer les professeurs, les étudiants, la médiathèque, le public, pour créer des ponts entre les différents acteurs.

Que nous réserve le cycle Exil ?

Il est emblématique de ce que nous souhaitons faire dans les années à venir : il se décline en sept évènements en l’espace de dix jours (programme complet en cliquant ici), qui traitent tous d’une facette de la thématique.

Nous avons réuni des cinéastes, des écrivains et des photographes de renom qui viendront nous exposer chacun à sa manière les questions que soulèvent la thématique de l’exil : les réfugiés politiques, les déplacés internes, les trafics, les exploitations en tous genres, mais aussi le retour de certains. C’est aussi l’objectif de ce cycle : obtenir une vision la plus exhaustive possible de l’exil, quel qu’il soit, et nous faire prendre conscience d’une réalité que nous ne sommes pas forcément enclins à voir.

Les auteurs des différentes œuvres présentées seront systématiquement présents pour échanger avec le public, et afin de faire résonner les romans de Hakan Günday (Encore, Prix Médicis 2015) et de Yiǧit Bener (Le Revenant, 2015), nous avons demandé à des comédiens de renom de bien vouloir prêter leur voix. L’acteur Fırat Çelik, qui avait d’ailleurs joué dans Welcome (film de Philippe Lioret, projeté lors de l’ouverture du cycle), lira quelques extraits du Revenant et Murat Daltaban prêtera sa voix au roman Encore.

Quels sont les thèmes à venir à l’Institut ?

La cause des femmes, dans ce pays comme ailleurs, nous paraît cruciale. Nous allons mettre en place au mois de mars une thématique sur l’égalité hommes-femmes, avec là encore des débats, des concerts classique, latino et rock, des films, une très belle exposition de la photographe Kate Barry, ainsi que de nombreux autres évènements où la femme sera mise à l’honneur, et que vous retrouverez prochainement sur notre site.

Aline Joubert (www.lepetitjournal.com/istanbul) mercredi 27 janvier 2016

“Exil”, cycle culturel à l’Institut français du 25 janvier au 3 février 2016. Cliquer pour en savoir plus

* Entrée gratuite sous réserve d’inscription en ligne sur le site de l’Institut

publié le 27/01/2016

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