Interview de Muriel Domenach dans le petit journal.com d’Istanbul

DÉPART DE MURIEL DOMENACH – “Je vais laisser beaucoup de moi-même à Istanbul”

Muriel Domenach a occupé de septembre 2013 à août 2016 le poste de Consule générale de France à Istanbul. Très appréciée au sein de la communauté francophone de la ville, elle a quitté la Turquie le 21 août pour de nouvelles fonctions à Paris. Lepetitjournal.com d’Istanbul est revenu avec elle sur ces trois années riches en événements.

Lepetitjournal.com d’Istanbul : Personnellement, d’abord, comment avez-vous vécu la nuit du 15 juillet à Istanbul ?

Muriel Domenach (au Palais de France, lors de sa soirée de départ) : Le vendredi 15 juillet marquait la fin d’une semaine éprouvante au consulat et au sein de la communauté française, car nous avions dû annuler la célébration de la Fête nationale le 13 juillet et fermer nos emprises du fait de menaces de Daech. L’annulation avait inquiété nos compatriotes et suscité beaucoup d’échos ici, à Istanbul. Il a fallu effectuer tout un travail de d’explication pour rassurer les gens. Nous avions donc monté une cellule téléphonique dans cette optique et nous nous étions efforcés d’agir sur les réseaux sociaux pour encadrer et canaliser les rumeurs au sujet de cette annulation. Là-dessus, la nuit du 14 au 15, nous avons malheureusement été informés de la terrible attaque à Nice qui pour nous, Français de Turquie, est venue souligner encore la menace de Daech sur nos activités. Cela a aiguisé l’inquiétude des Français vivant à Istanbul, qui y ont vu une continuité avec l’annulation de la Fête nationale.

C’est dans ce cadre que nous avons reçu, le 15 juillet, beaucoup de marques de sympathie et de solidarité de la part de nos amis turcs. Le consul britannique, qui organisait sa réception de départ le 15 au soir, m’a demandé d’y participer afin de marquer un hommage aux victimes de Nice. Cette demande a bien entendu été effectuée avec à l’esprit l’assassinat du consul britannique en 2003, lors d’un attentat. J’ai donc rendu cet hommage en lisant le texte d’Antoine Leiris, “Vous n’aurez pas ma haine”, que je trouve très beau.

J’avais alors peu de sommeil à mon compteur, du fait de l’intensité de la semaine passée et d’une nuit blanche au cours de la nuit du 14 au 15, pendant laquelle ma sœur se trouvait à Nice. Je suis rentrée chez moi un peu avant 22 heures. Je cherchais, sur les réseaux sociaux, des photos des ponts illuminés aux couleurs de la France en hommage à Nice. C’est en faisant ces recherches que j’ai vu les premiers messages faisant état de la présence de militaires sur le pont du Bosphore. Naturellement, j’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’une opération antiterroriste. Je voyais les événements du prisme français et, spontanément, j’ai tissé un lien entre les couleurs françaises sur le pont et la présence militaire. Mais, très vite, j’ai réalisé qu’il ne s’agissait pas de cela. Il se trouve que j’étais en contact avec le photographe de l’AFP, Özan Köse, qui lui-même était en contact avec son collègue Bülent Kılıç et, ensemble, nous avons très vite compris qu’il s’agissait d’un coup d’Etat militaire.


En tant que consule générale, votre priorité est la sécurité des Français sur place. Comment agit-on dans ces cas-là ? Quelles mesures ont été prises ?

Avec l’ambassadeur et les autorités de Paris, nous sommes très vite convenus d’écrire un message extrêmement lapidaire aux Français, leur demandant de rester chez eux. Je pense que nous avons été le tout premier pays à prévenir ses ressortissants, sans entrer dans les détails mais en leur donnant la consigne de ne pas sortir de chez eux. Par la suite, nous avons monté une cellule de crise au consulat. Cela s’est fait dans un contexte difficile, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les effectifs de notre équipe étaient réduits de moitié pour cause de congés. Nous étions déjà très éprouvés par les tensions des jours précédents. De plus, se rendre au consulat était dangereux, car il se trouve quasiment sur la place Taksim, où les militaires s’étaient déployés et où des heurts sont intervenus. Nous avons utilisé la voiture blindée pour permettre à plusieurs de venir travailler. Je salue leur mobilisation car, en tant que chef d’équipe, il n’est pas de plus grande satisfaction que de voir ses coéquipiers se mobiliser aussi rapidement au lendemain d’une épreuve récente comme l’était l’annulation du 14 juillet et la fermeture des emprises. En ce qui concerne la cellule de crise en elle-même, nous avons formé des équipes qui, par tranche de quatre à six heures, répondaient au téléphone pour rassurer les Français.

Notre priorité allait évidemment à nos compatriotes touristes bloqués dans l’aéroport Atatürk. Eux n’avaient aucune idée de ce qui se passait. Ils se sont retrouvés dans un endroit pris d’assaut par les putschistes, puis sujet à des mouvements de foule et des manifestations loyalistes. Bien souvent, les touristes ont mal interprété ces événements, pensant à une attaque terroriste. Heureusement, nous avions sur place des agents du centre de crise du ministère des Affaires étrangères qui, par hasard, étaient en transit à l’aéroport. Ils ont joué un rôle remarquable en rassemblant les Français et en veillant à ce qu’ils ne manquent de rien. Il faut également noter – et c’est une promesse d’espoir pour La Turquie – que les boutiques de l’aéroport n’ont quasiment pas fermé et qu’il n’y a quasiment pas eu de problème de ravitaillement. Les Français ont donc pu être pris en charge sur place.

De notre côté, nous continuions de gérer l’afflux d’appels téléphoniques de la part de touristes, de familles inquiètes et de résidents. C’était un moment difficile pour l’équipe. Les questions posées pouvaient parfois rester sans réponse claire, du fait du manque de visibilité des événements. On a également eu des compatriotes qui ont appelé pour savoir ce qu’il fallait en penser (certains demandant qui était responsable du coup d’Etat, ou relayant des rumeurs plus ou moins fondées en demandant de les valider - rires). Mais en période de crise, les autorités consulaires ne se substituent pas à l’AFP ou aux organes de presse. Nous ne sommes pas là pour formuler des explications et moins encore des jugements sur ce qu’il se passe. Nous veillons tout d’abord à la sécurité, distribuons des consignes. Pour remplir notre mission, nous devons avoir conscience des limites de nos capacités.

De la même manière, nous avons assuré une présence à l’aéroport dès que celui-ci a été accessible, au petit matin. Je salue d’ailleurs le travail de mon adjoint, Aurélien Maillet, du chef du service aux Français Vincent Caumontat et de nos policiers, qui ont été extrêmement réactifs et sont restés à l’aéroport toute la journée après une nuit blanche. A la mi-journée, plus aucun Français n’était sans solution. Ceux qui pouvaient partir sont partis et ceux qui ne le pouvaient pas (des groupes de mineurs en colonie de vacances notamment) pouvaient être à l’abri à l’hôtel près de l’aéroport. Bien que nous fassions beaucoup d’efforts, il faut néanmoins garder à l’esprit que le consulat ne peut pas se substituer à une agence de voyage ou à un tour opérateur. Aucun de nos partenaires européens ou américains ne le fait. Là aussi, nous devons avoir l’humilité de reconnaître les limites de notre action pour ne pas susciter des attentes auxquelles nous ne pouvons pas répondre.

Le rôle des diplomates est tout de même d’être dans la prospective. Personne n’avait vu venir cette tentative de coup d’Etat ?

Il y avait des rumeurs. Quelques jours avant la tentative de putsch, j’avais partagé un dîner à l’issue duquel mon interlocuteur m’avait dit : “Il y a aura un coup d’Etat”. J’avais vu en lui un observateur extrêmement aguerri de la situation, mais sans doute trop marqué par son expérience avec les militaires pour être parfaitement lucide. Nous n’avons pas davantage d’informations que qui que ce soit ! De plus, en tant que représentants de la France, nos dispositifs sont en premier lieu focalisés sur nos intérêts de sécurité, destinés à prévenir des attaques de Daech. Nos capteurs ne sont pas orientés en priorité sur l’armée turque et les problématiques internes.

Toutes les rumeurs selon lesquelles l’annulation du 14 juillet était liée à l’anticipation soit d’un événement terroriste majeur en Turquie, soit d’une tentative de coup d’Etat, sont totalement infondées. Ce genre de théories du complot prend toujours des formes inattendues et je ne m’habituerai jamais à la créativité de ceux qui les énoncent ! Chaque semaine, j’en découvrais de nouvelles…


Combien de Français sont entrés en contact avec vos services cette nuit du 15 juillet ? Certains ont-ils essayé de venir au consulat ?

Nous avons compté entre 500 et 600 appels. En revanche, personne ne s’est présenté au consulat. Pour des raisons évidentes, les gens préféraient éviter les alentours de la place Taksim. Ceux qui étaient place Taksim s’y trouvaient bien souvent de leur plein gré. Quant à ceux qui ne souhaitaient pas y être, ils ont tout fait pour quitter les lieux le plus rapidement possible !

Comment réagissez-vous aux critiques des dirigeants turcs mais aussi de citoyens turcs qui estiment que l’Occident, les Européens en particulier, n’ont pas saisi la gravité de ce qui s’est passé le 15 juillet et n’ont pas fait preuve de la même solidarité que celle exprimée, par exemple, lors de l’attentat à Charlie Hebdo ? Qu’ils se sont trop vite focalisés sur l’”après” ?

Je n’ai pas l’habitude de m’exprimer sur les questions politiques et ne compte pas commencer maintenant. La France a tout de même très vite condamné la tentative de putsch. Mon impression, mon expérience personnelle durant mes congés en France, est qu’il existe entre les observateurs turcs et français et européens une grande différence d’angle, de perception et de compréhension du traumatisme qu’a constitué la tentative de coup d’Etat.

Cela dit, il faut noter que la Turquie est effectivement très vite passé à “l’après”. Cette capacité d’oubli et de pragmatisme constitue sans doute une force et une faiblesse de la société turque. Parfois, oublier aussi rapidement le passé peut amener à le répéter. D’ailleurs, on peut observer une certaine continuité dans les excès du nationalisme turc. Mais c’est également une très grande force de passer à autre chose aussi vite. Même sur l’avenue Istiklal, bien que la population ait évolué dans les jours suivant la tentative de coup d’Etat, j’ai la sensation que tout est déjà revenu à la normale. Il existe une véritable capacité de résilience, qui découle d’une volonté d’oubli.

Au cours de l’année écoulée, les métropoles turques – notamment Istanbul – ont subi une succession inédite d’épisodes violents. D’abord, comment l’avez-vous vécu personnellement, en tant qu’habitante de cette ville avec votre famille ? Et comment ces violences ont-elles affecté votre travail de consule ?

J’ai bien évidemment vu les problématiques de sécurité prendre le pas sur les autres sujets. Au début, j’étais venue pour me pencher sur autre chose que des questions de sécurité, puisque je venais moi-même des affaires de sécurité. Mais, pour des raisons évidentes, ces problématiques ont marqué mon séjour en Turquie. Je suis reconnaissante à toute mon équipe, notamment le détachement de sécurité avec celle de l’Institut français et Business France et d’avoir rendu possible la continuation de nos activités d’influence dans un contexte de sécurité plus difficile. Assurer la poursuite de ces activités a bien entendu été un véritable enjeu mais, grâce à la bonne volonté de tous, nous y sommes parvenus. Il existe désormais de nouveaux dispositifs, avec un système de carte et d’inscription à l’Institut français. Tout cela s’est mis en place assez rapidement, même s’il est toujours difficile de remettre en cause les habitudes. Il est donc arrivé que certains prennent très mal le fait qu’on leur demande de décliner leur identité à l’entrée du consulat / institut. Chaque événement a fait l’objet d’une prise en compte de la dimension sécuritaire, ce qui est exigeant en termes d’organisation, de personnel et de finances.

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Lors de sa soirée de départ, Muriel Domenach a eu la surprise d’assister à un concert du Kardeş Türküler au Palais de France

Comme vous le rappeliez, la soirée du 14 juillet, pour la première fois, a été annulée quelques heures avant sa tenue en raison de menaces sérieuses. Pourriez-vous faire le point sur la sécurité des espaces français ouverts au public en Turquie, que des milliers de personnes fréquentent tous les jours ?

La sécurité des emprises françaises, des écoles et des compatriotes est bien évidemment la priorité de l’ambassadeur et du consul général. Ce sera également la priorité de mon successeur. Nous avons considérablement renforcé les dispositifs de sécurité au sein des écoles et des emprises, en ce qui concerne les dispositifs d’alerte et avec des moyens de surveillance/dissuasion/ réaction le cas échéant renforcés. Désormais, comme vous avez sans doute pu l’observer, il existe des dispositifs de sécurité permanents au sein de ces espaces français, notamment en ce qui concerne les écoles. Cela s’est fait en lien avec les autorités turques, qui ont répondu présentes dans un contexte que l’on sait extrêmement tendu pour elles.

Vous quittez donc Istanbul et votre poste de consule. Comment s’est prise cette décision ?

Dans un premier temps, j’ai été prolongée pour une quatrième année au consulat. La durée moyenne de nos missions varie généralement entre trois et quatre ans. Je pensais initialement rester une année de plus, mais j’ai finalement été amenée à faire un choix tant familial que professionnel. Mon conjoint, Olivier Bouquet, qui est historien de l’Empire ottoman, faisait souvent la navette entre la France et la Turquie la première année. Pour les deux années suivantes, il a été détaché à l’université francophone de Galatasaray. Il continuait tout de même à faire des allers-retours en France. Nous pensions continuer comme cela, mais il s’est vu attribuer des responsabilités supplémentaires quand il a été retenu pour faire partie du jury de l’agrégation d’Histoire. Cela devait l’amener à passer davantage de temps à Paris et un peu moins à Istanbul. Par la suite, j’ai saisi l’opportunité qui m’était proposée de partir comme secrétaire générale du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation. Mais cela n’a été officialisé qu’assez tard, puisque cette nomination n’a été effectuée qu’au mois d’août.

Vous avez donc été nommée par le président de la République “secrétaire générale du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation” à partir du 22 août, avec pour mission de piloter le volet préventif de la lutte antiterroriste et la politique publique de prévention de la délinquance, elle-même largement dominée par la prévention de la radicalisation. Comment cette expérience de trois années en Turquie vous aidera-t-elle dans cette mission ?

Quand je suis arrivée, il y a trois ans, je ne m’attendais absolument pas à une telle évolution de mes fonctions. Je suis très honorée de cette nouvelle mission et je mesure l’ampleur de cette tâche à laquelle je vais me dévouer avec énergie et rigueur. Je serai entourée d’une nouvelle équipe, tout est encore à découvrir pour moi. Je ne peux pas en dire beaucoup plus, mais il est certain que je garderai à l’esprit l’expérience acquise en Turquie s’agissant de départs et retour en provenance du théâtre syro-iraquien de nos compatriotes djihadistes. Ce pays et ce qu’il s’y passe resteront parmi mes centres d’intérêt et il est très probable que j’y revienne.


Un mot au sujet de votre successeur ?


Son nom n’a pas encore été publié au Journal officiel mais je peux vous assurer qu’il sera le meilleur successeur que l’on puisse imaginer !

Pensez-vous qu’il reprendra le flambeau des nombreuses actions que vous avez initiées en tant que consule (l’iftar au Palais de France, les soirées Seni seviyorum, etc.) ?

Il inscrira sa marque ! Chacun met un peu de soi dans la mission qu’il exerce. Nous assumons tous à la fois l’héritage de la France et sa modernité. Personnellement, je suis fière d’avoir inscrit mon action à fois dans la continuité avec certaines actions traditionnelles, comme le prix de littérature Notre Dame de Sion, mais aussi dans l’innovation. J’ai joué sur certains clichés, comme la France en tant que pays de l’amour ou de la gastronomie, avec des initiatives telles que les dîners canard, journées pâtisserie ou les soirées Seni seviyorum, inspirées par ailleurs de la rubrique du petitjournal.com d’Istanbul !

Il était également utile de travailler sur les clichés négatifs, tels que la laïcité, avec l’organisation du dîner de rupture du jeûne du Ramadan suivi d’une rencontre musicale. C’était l’occasion d’associer des publics venus d’horizons différents, qui ne se seraient peut-être pas parlé autrement.

Il était aussi utile pour moi de mettre à l’honneur nos compatriotes franco-turcs en célébrant le 50ème anniversaire de l’accord migratoire franco-turc, qui a été l’occasion de nombreuses rencontres, projections et conférences. Je suis également fière du travail que nous avons effectué sur les femmes, avec l’organisation d’événements rassemblant des femmes venues de tous horizons. Enfin, je suis fière de notre travail en faveur de la liberté d’expression en Turquie, mené avec les autres consuls européens d’Istanbul.

Muriel Domenach et son conjoint, l’historien de l’Empire ottoman Olivier Bouquet

Puisqu’Istanbul est une ville qui attire, mes trois années ici ont également été jalonnées par la venue de personnalités de premier plan, représentantes de l’excellence française. Je pense à des personnes telles que Thomas Piketty ou Maylis de Kérangal. Je pense que mon successeur sera tout à fait capable de poursuivre cette mise en œuvre en tant que consul, malgré le climat de tension et d’incertitude. Certains événements n’ont d’ailleurs pas été organisés à cause des problèmes de sécurité qu’ils encouraient. Mais les plus “anciens”, parmi les communautés française et turque, ont souvent tenu à me rappeler que la Turquie et la communauté française en Turquie ont connu d’autres périodes de tension, qui ont été dépassées.

Quels bons et mauvais souvenirs gardez-vous de vos trois années ici, personnellement et professionnellement ?

Parmi les meilleurs souvenirs, je citerais la célébration des nuits du Ramadan, pour trois types de raisons. D’abord, le mélange des publics. Je voulais montrer une France sachant faire preuve d’une laïcité ouverte, capable d’associer des publics issus d’horizons divers au sein de la société turque, très polarisée comme on le sait. Les invités ne se seraient pas parlés et mélangés en temps normal, comme la presse turque l’a beaucoup souligné. Ensuite, des moments musicaux forts en symboles. Je me souviens d’André Manoukian rencontrant des musiciens turcs et ceux-ci lançant à la fin de leur concert la musique de Pulp Fiction, qui a été composée par un Grec stambouliote. C’était en 2015, cent ans après le génocide arménien. Ce genre de moment, au cours d’une nuit d’été au Palais de France, est exceptionnel. On sentait André Manoukian complètement dans son élément, en Turquie, à Istanbul, et les musiciens heureux de cette rencontre et de lui faire ce cadeau. Enfin, j’avais invité nos compatriotes étudiants en théologie dans des universités turques (dans un programme particulier qui les destine à servir ensuite en France dans les mosquées et associations culturelles fréquentées par des Turcs d’origine). Nous avons eu en trois ans un dialogue très riche avec souvent des débats intenses (ils m’ont offert un livre de Tariq Ramadan) mais respectueux et chaleureux. lls étaient fiers en tant que Français musulmans que l’on célèbre une nuit du Ramadan au palais de France à Istanbul et j’étais fière qu’ils soient fiers !

C’est difficile de choisir un souvenir plutôt qu’un autre. Ces trois années étaient si intenses que j’ai la sensation d’avoir vécu chaque jour trois journées en une. Je vais laisser beaucoup de moi-même à Istanbul. Le mauvais souvenir, ce sera quand je monterai dans l’avion pour quitter la Turquie ! (rires) Plus sérieusement, mon véritable mauvais souvenir est sans doute la nuit de la tentative de coup d’Etat.

Cette expérience de consule était une première dans votre carrière. Vous a-t-elle donné l’envie de réitérer un jour, ailleurs ?

Comme je l’ai dit plus tôt, le choix d’expatriation est à la fois professionnel et familial. Pour que je reprenne un poste de consule, il faudrait que ce poste soit basé dans un pays où mon conjoint pourrait exercer, donc un pays où il y a eu dans le passé des Ottomans ou aujourd’hui des ottomanistes. C’est le cas de beaucoup de pays, mais il y a un temps pour tout et je pense que, pour l’heure, le temps de rentrer en France est venu. Ce sera également l’occasion pour mes enfants de retrouver leurs marques. Mon troisième enfant a vécu l’essentiel de sa vie en Turquie et dès l’arrivée en France, pendant nos récentes vacances, il fallait immanquablement partir à la recherche d’ayran ! Je pense que pour elle, ce retour en France sera une véritable évolution, un changement. De plus, en tant que diplomate, nous mettons beaucoup de nous-mêmes dans notre mission. Notre vie familiale est exposée à notre activité professionnelle. A Paris, il y aura davantage de cloisonnement entre mes espaces privé et professionnel. Ce sera le début d’une nouvelle vie.

Propos recueillis par Anne Andlauer et Margot Faudeil (http://lepetitjournal.com/istanbul) mardi 23 août 2016

publié le 23/08/2016

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