Interview de la Consule générale dans le Petit Journal.com d’Istanbul

Lepetitjournal.com d’Istanbul : Les règles de sécurité ont été durcies ces derniers temps dans les lieux accueillant les Français. Pouvez-vous détailler les mesures qui ont été prises, les expliquer, et nous dire si tout cela est exceptionnel ou si le provisoire va durer ?

Muriel Domenach (photo Burak Kara) : Le renforcement de la sécurité concerne l’ensemble des emprises françaises, c’est-à-dire l’école Pierre Loti (deux sites, à Beyoğlu et Tarabya), le Palais de France et le consulat, localisé sur le même site que l’Institut français, place Taksim. La colocalisation Institut-consulat nous place dans une situation complexe, avec une tension entre sécurité et attractivité. Nous nous efforçons de renforcer l’accueil dans la sécurité, et la sécurité dans l’accueil, mais il est certain que le curseur a évolué récemment. Nous bénéficions d’une présence dite “statique” mais vigilante de la police turque devant les deux sites de l’école aux horaires d’entrée et de sortie, ainsi que devant le consulat et devant le Palais de France, où nous accueillons une “guérite”, comme devant d’autres sites.

Nous espérons tous que la situation de sécurité qui justifie ces mesures s’améliore mais évidemment, elles dureront tant que ce sera nécessaire. Le contexte de sécurité, pour notre emprise en Turquie et plus particulièrement à Istanbul, souffre de deux choses : d’une part, notre pays – la France – est menacé ; et d’autre part, ce pays – la Turquie – est menacé. Les attentats d’Ankara et d’Istanbul ont été douloureusement ressentis par la communauté française, de même que les attentats de Charlie Hebdo et de novembre 2015 à Paris. La conjonction des menaces motive le renforcement des mesures de sécurité sur l’ensemble des emprises françaises en Turquie, non seulement à Istanbul mais également à Ankara et à Izmir.

Nous sommes sous la responsabilité des autorités turques. Aux termes de la convention de Vienne, c’est au pays de résidence qu’il revient d’assurer la sécurité des personnels et emprises qui sont, comme disent les Turcs, leurs “invités”. Les autorités turques prennent au sérieux notre sécurité, comme elles prennent au sérieux la sécurité d’autres emprises diplomatiques et consulaires. Nous ne sommes pas les seuls à connaître un renforcement des mesures de sécurité, vous verrez à l’œil nu que d’autres bénéficient de ce renforcement. Nous avons bien conscience que tout ceci est extrêmement exigeant pour les autorités turques, auprès desquelles j’ai toujours trouvé une oreille à la fois chaleureuse et attentive. C’est appréciable, quand on demande un rendez-vous en urgence, d’être reçue immédiatement.

Comment ces nouvelles mesures sont-elles perçues ?

Tout cela est bien compris car la Turquie a une “culture de sécurité”, dont nous bénéficions. Ici, présenter son sac à l’entrée d’un centre commercial n’est pas perçu comme une atteinte aux droits fondamentaux. Il n’est pas non plus perçu comme intrusif de devoir présenter ses papiers d’identité. La seule chose qui peut être compliquée à gérer, ce sont les remarques de gens, de personnalités qui se perçoivent comme des amis de la France et qui vivent douloureusement le fait qu’on leur demande de prendre une carte, de montrer patte blanche… Il nous arrive de devoir répondre au fameux “Benim kim olduğumu biliyor musunuz ?” (ndlr : “Savez-vous qui je suis ?”)

Pour notre part du travail, nous avons pris des mesures organisationnelles et sur le plan humain. Nous avons mis en œuvre un dispositif d’inscription et de cartes de membres pour les activités de l’Institut. Nous souhaitons poursuivre les activités, continuer de faire venir un nouveau public, mais nous devons le faire dans la sécurité. Nous avons reçu un renfort bienvenu de l’équipe de sécurité, nous avons plus de vigiles, de gardes français, mais tout cela est aussi très exigeant pour le personnel du consulat et l’Institut, auquel je tiens à rendre hommage.

Les cartes de membres de l’Institut ont donc commencé à être délivrées ?

En effet, environ 700 cartes ont été délivrées à ce jour et notre nouveau dispositif d’inscription fonctionne bien. Nous avons fait des salles combles depuis les nouvelles mesures. J’ai le souvenir de deux événements en particulier : la conférence de Gilles Kepel et la lecture à deux voix de Hakan Günday, le prix Médicis étranger. J’étais heureuse de voir ces salles pleines, avec des gens de différents horizons et beaucoup de nouveau public aussi, car la difficulté est évidemment de continuer à attirer des gens qui ne sont jamais venus.

En dehors des événements ponctuels comme les conférences, comment faire pour visiter une exposition si l’on n’est pas membre et pas inscrit ? Peut-on encore se présenter à toute heure de la journée, comme autrefois ?

Il y a un dispositif d’inscription à l’entrée, où vous pouvez faire établir une carte ou une inscription pour aller visiter l’exposition. Nous avons besoin de savoir qui entre, et il faut que les nouveaux visiteurs fassent l’objet d’un contrôle particulier. Nous demandons aux visiteurs de la compréhension et de la patience, pour la sécurité de tous.

On vous voit beaucoup, ces derniers temps, mener des actions concertées avec vos collègues des autres consulats européens, par exemple au moment de l’arrestation des journalistes Can Dündar et Erdem Gül. S’agit-il de se montrer unis pour peser davantage ?

A Istanbul, les consulats ont une tradition un peu concurrentielle. Cela date apparemment de l’époque des ambassades. Et comme un certain nombre de consuls vivent dans des palais... (rires) Quand vous portez un héritage prestigieux, vous êtes davantage dans la préservation de cet héritage – qui est par ailleurs très précieux pour organiser des événements. Mais je trouvais – et plusieurs de mes collègues avec moi – qu’il y avait un peu de concurrence sur l’événementiel, sur la promotion des intérêts économiques... Je pense que les circonstances – à la fois la dégradation des conditions de sécurité et en même temps l’évolution de la relation UE-Turquie — ont créé un besoin de coopération. Nous nous voyons beaucoup, nous échangeons beaucoup, nous avons de très bonnes relations et nous coopérons sur les sujets qui touchent à la société civile, dans une approche évidemment non confrontationnelle avec les autorités turques. C’est une bonne chose de pouvoir agir ensemble, notamment parce qu’on est plus audible à plusieurs et que l’espace de concurrence entre nous est finalement réduit. Sur le plan commercial, nous avons aussi beaucoup d’intérêts communs dans la lutte contre la contrefaçon ou encore le respect de la lettre – sinon de l’esprit – de l’Union douanière.

Pourquoi cet engagement commun, en particulier, aux côtés des journalistes Can Dündar et Erdem Gül ?

Nous nous coordonnons entre Européens, à Istanbul comme à Ankara, sur les libertés fondamentales, s’agissant de la presse notamment. C’est normal, car la liberté et le pluralisme de la presse sont des valeurs essentielles pour l’UE. C’est dans cet esprit que nous avons condamné les attaques et intimidations contre la presse, quels qu’en soient les auteurs et les victimes. Nous nous sommes rendus entre collègues européens à Hürriyet et auprès de Ahmet Hakan après qu’ils ont été attaqués mais avons aussi rendu visite à Sabah et Yeni Şafak. Avec la quasi-totalité de mes collègues des Etats membres UE représentés à Istanbul, nous nous sommes rendus à Cumhuriyet après l’arrestation de Can Dündar et suivons attentivement la procédure judiciaire.

Qu’en est-il du traitement des demandes de visa au consulat, alors que les Turcs espèrent la levée des visas Schengen cette année, en échange de l’entrée en vigueur de l’accord de réadmission ?

Nous suivons évidemment la mise en œuvre de l’accord de réadmission et des engagements de la partie turque. Tout cela est discuté à Bruxelles et géré par la Commission et la délégation de l’Union européenne à Ankara. Ma priorité est de mettre en musique la politique de facilitation des visas qui a été initiée il y a deux ans par le ministère des Affaires étrangères. Nous avons une spécificité en Turquie, qui est liée à la forte proportion de passeports dits "verts" – passeports spéciaux ou passeports de service. Cela veut dire qu’une partie de nos interlocuteurs, qui ont vocation à beaucoup voyager, ne sont pas soumis à l’obligation de visas. Par ailleurs, nous avons beaucoup développé l’allègement des procédures et l’allongement des durées pour les milieux d’affaires et leurs familles, les milieux culturels, étudiants et leurs familles, journalistes et leurs familles... Nous privilégions aussi les alumni, pour que les anciens du système français bénéficient directement d’un visa de circulation, le plus long possible. Le taux de refus a baissé ; il a quasiment été divisé par deux depuis que je suis arrivée en raison des orientations qui ont été prises. Sans doute est-il arrivé à un étiage car la Turquie n’est plus un pays d’émigration. Elle est devenue un pays d’immigration.

Il y a un point qu’il faut que les gens comprennent, notamment ceux qui ont une mauvaise image de la gestion des visas. Le fait est qu’on nous cache souvent des ressources... J’avais du mal à y croire, mais c’est souvent le cas. En fait, il y a chez certains une logique de défiance envers le consulat, comme si nous étions l’administration fiscale ! Je précise que nous entretenons les meilleures relations avec l’administration fiscale turque, mais que nous ne lui communiquons pas les ressources des demandeurs de visa. Il n’est donc pas nécessaire de nous cacher des ressources. Or, ce problème concerne une forte proportion des recours dit "gracieux" après des visas refusés. Souvent, les gens expriment une indignation sur le mode : “Benim kim olduğumu biliyor musunuz ?” ou : "Mais enfin, vous ne savez pas que cette personne est millionnaire ??"(rires) Cela tourne parfois au "gag" lorsque vous regardez le dossier et que vous vous rendez compte que les ressources déclarées... sont un compte à 200 TL !

Il faut savoir que nous traitons 800 demandes par jour – un chiffre en augmentation malgré un petit ralentissement lié aux attentats. Or, l’enjeu est celui d’une gestion saine des visas. Il faut faire en sorte que le système fonctionne de lui-même, sans discrimination au sein du service des visas. Je tiens à ce que le service des visas ne soit pas exposé à des tentations. Si quelqu’un n’a pas été signalé par nos services économiques, culturels, de presse etc., son dossier est traité normalement. Cela signifie que nous lui accordons le visa si tous les éléments sont fournis. Il n’y a aucune raison – et c’est ce que je demande à tous mes collaborateurs – que nous nous prononcions en fonction du "on dit". Quand les gens ont des ressources ou quand ils ont déjà obtenu des visas, il faut qu’ils nous les montrent. Cela fait gagner du temps, à eux et à nous...

Il n’y a donc pas besoin de passer par des “intermédiaires” pour maximiser ses chances d’obtenir un visa, comme on le voit de plus en plus ?

Il y a en effet cette problématique des agences de voyage qui proposent de s’occuper des dossiers de demande de visa. Là, je trouve qu’on arrive à un vrai problème de psychologie collective. L’obligation de visas, parce qu’elle est asymétrique, est vécue comme inique, notamment dans les classes privilégiés, mais aussi dans les classes moyennes dont la proportion a été doublée en 15 ans. Il y a le sentiment qu’il est économiquement rationnel de faire gérer son dossier par une agence de voyage. Ce phénomène en dit long sur l’enrichissement de la société turque et sur la légitimité du fait que, à terme, les Turcs ne soient plus astreints à l’obligation de visa. La Turquie a connu une explosion de sa classe moyenne, qui a vocation à venir chez nous. Mais certains délèguent leur demande à des agences de voyage, qui font du chiffre et ne font pas toujours du travail de qualité. On se retrouve alors avec des dossiers constitués n’importe comment !

C’est désolant parce que, comme je le dis souvent, nous voulons faire venir les gens en France. Non pas par charité, mais parce que c’est notre intérêt de faire venir ces gens des milieux économiques, culturels, ces alumni, ces touristes... C’est aussi la raison pour laquelle, dans le dictionnaire amoureux que nous avons publié, nous avons aussi fait la publicité des destinations romantiques. Je veux que le service des visas soit perçu comme un lieu accueillant… et même romantique. C’est l’antichambre d’un voyage en amoureux vers la France !

Pour ce qui est de la levée des visas pour les citoyens turcs, elle trouve sa source et sa légitimité non seulement dans la réciprocité (ndlr : beaucoup de citoyens européens – français notamment – peuvent voyager en Turquie sans visa) mais également dans l’enrichissement de la société turque. Il y a une réalité sociologique dans la perspective de lever les visas. Mais concrètement, la politique se fait à Ankara et à Bruxelles, au niveau de l’Union européenne. Notre travail au consulat est de faciliter autant que possible la délivrance de ces visas. En cas de refus, il ne faut pas hésiter à nous écrire.

Le film franco-turc Mustang a reçu la semaine dernière quatre récompenses aux Césars. Quelle réaction cela vous inspire-t-il ?

Nous sommes très fiers de Mustang et de Deniz Gamze Ergüven, la réalisatrice, qui est binationale. Elle est une très belle illustration du cinéma français, de sa diversité en termes de nationalité, en termes linguistiques, en termes de genre... Elle est un pur produit de la Femis (ndlr : École nationale supérieure des métiers de l’image et du son, à Paris), d’après ce que m’expliquent les cinéphiles. Il est vrai que nous, Français, avons tendance à associer notre culture à notre langue et de fait, notre langue concourt beaucoup à notre culture. Cela a donc pu surprendre qu’un film en turc soit ainsi récompensé, mais c’est cela aussi, la France. Le cinéma français, c’est aussi une audace dans la manière de filmer le rapport à l’intimité, le choix du sujet, le propos… Je trouve que Mustang est vraiment à l’honneur de la France et je suis très fière d’avoir organisé, en octobre dernier, la première du film en Turquie avec toute l’équipe, avec Deniz elle-même.

L’accueil qu’elle a reçu, contrairement à la manière dont les choses sont parfois un peu caricaturées dans la presse française, illustre la pertinence de son choix, son courage aussi. Je crois que la question des femmes est à la fois – et Mustang en témoigne – un enjeu difficile en Turquie, source de polarisation, mais en même temps une réponse à la polarisation. On a trouvé des femmes de milieux libéraux mais aussi conservateurs pour nuancer les critiques qui étaient parfois adressées au film comme trop libertaire, associant la liberté à la liberté sexuelle… Ce film est une source de vie, et ses problématiques sont la réalité de ce que les femmes peuvent vivre en Turquie. Même si je ne pense pas que la France soit elle-même exemplaire.

En mars, on va aussi beaucoup parler des femmes à l’Institut français et au Palais de France. Pourquoi ce thème ?

La question des femmes est une priorité que nous nous sommes assignée, ici en Turquie, à l’instigation de l’ambassadeur Charles Fries, qui a souhaité qu’on mette un accent particulier tout au long du mois de mars sur la question des femmes. Tout cela est mis en musique par le service culturel, par le consulat, par l’Agence française de développement (AFD), par l’ensemble des services de l’Etat. Je concours volontiers à cette priorité et me suis efforcée, depuis mon arrivée, de travailler sur le thème des femmes. Il est important qu’on le fasse non pas “hors sol”, mais de manière inscrite dans la réalité turque. Cette réalité est extrêmement polarisée. D’un autre côté, il y a des débats qui ont agité violemment la société turque et qui se sont apaisés aujourd’hui. Je déjeunais l’autre jour avec Merve Kavakçı et sa sœur Ravza Kavakçı. Merve Kavakçı a été la première femme députée couverte au Parlement turc.

Elle ne l’a pas été très longtemps…

En effet, elle a été déchue de sa nationalité turque au motif qu’elle avait une autre nationalité – américaine. Avec elle, nous avons eu un moment intense, très long, passionnant, extrêmement constructif qui, selon moi, mérite d’être expliqué aux Français. D’ailleurs, quand j’ai posté la photo de ce déjeuner sur Twitter, je n’ai eu qu’une seuleréaction négative, contre une majorité de réactions positives. Je pense donc qu’en Turquie, le débat sur le port du voile a progressé dans le sens de l’acceptation. On entend beaucoup de voix dans l’opposition qui considèrent que c’est un acquis. Les milieux libéraux et kémalistes sont moins arcboutés contre le port du foulard ; de la même manière que des conservateurs et conservatrices insistent sur l’inscription des femmes dans l’espace public, la promotion des droits des femmes, de l’accès à l’emploi, et sont mal à l’aise vis-à-vis de certaines déclarations sur l’opportunité pour les femmes de rester chez elles. Y compris, d’ailleurs, en avançant cette question du voile : à quoi bon autoriser le port du voile dans les milieux professionnels et à l’université si c’est pour renvoyer les femmes chez elles ? Sur la question des femmes, nous sommes donc dans une approche de dépolarisation.

Quel programme avez-vous prévu pour ce mois de mars ?

Un programme en trois volets. Un volet culturel avec une exposition “Actrices” de la photographe Kate Barry, du cinéma, des concerts, des conférences… (ndlr : programme complet en cliquant ici). Il y aura un volet événementiel, avec l’organisation d’une réception au Palais de France avec la fondation Yves Rocher le 8 mars. C’est la réédition de l’exercice de l’an dernier, avec des centaines de femmes invitées – et quelques hommes ! Je trouve que cette sociabilité entre femmes est importante, de même qu’il est important d’organiser cet événement avec Yves Rocher autour du thème Terre de femmes. Cela permet de faire le lien avec la conférence Paris Climat (COP21), qui a été un grand succès de la diplomatie française, et dont le processus se poursuit avec la COP 22 qui arrive au Maroc. Il y aussi une continuité entre l’écologie et le féminisme, avec notamment le thème de “l’écoféminisme”. Les femmes sont en première ligne – et d’autant plus vulnérables – face aux problématiques environnementales, dans l’accès aux terres, dans la sécurité alimentaire, le rapport à la santé, à l’énergie… Elles sont en première ligne aussi dans la mise en œuvre des solutions. C’est tout à fait l’esprit du prix Terre de femmes, qui existe depuis 15 ans et qui a déjà récompensé plus de 300 lauréates avec des projets très différents. Nous avons eu de très bonnes candidatures ici, et ce sera l’occasion de décerner le Prix.

Et pour le troisième volet ?

Les 15 et 16 mars, nous organisons avec l’Agence française de développement (AFD) deux jours d’échanges sur l’accès et le maintien des femmes à l’emploi et son lien avec les dispositifs d’accueil des jeunes enfants. L’accès des femmes à l’emploi est une des priorités du G20, que les autorités turques se sont d’ailleurs pleinement appropriées. Ces dernières voient bien le gain en termes d’activité économique qu’occasionnerait une augmentation du taux de travail des femmes, et je pense que nous, Français, avons à faire valoir ce fameux “modèle français” qui associe un taux d’activité élevé – 67% des femmes travaillent en France – et un indice de fécondité élevé, le plus élevé de l’Union européenne. Le même qu’en Turquie, certes, mais ce qui me frappe toujours ici, c’est à quel point la natalité est pyramidale en fonction du niveau socio-professionnel.

Evidemment, la condition du modèle français, c’est un système social, une politique sociale et la garde d’enfants, l’école etc. Je trouve intéressant que ces problématiques soient abordées par l’AFD dans une approche “turque”, c’est-à-dire non pas en plaquant le modèle français – ce qui n’aurait aucun sens – mais en utilisant les points forts des Turcs, à la fois les municipalités et les acteurs privés que nous associerons à ces échanges.

Préparez-vous, comme l’an dernier, un événement autour de la gastronomie et de l’agro-alimentaire ?

Nous sommes en train de réfléchir à une soirée dont le menu sera emblématique des destinations touristiques françaises. Le chef sera de nouveau Olivier Pistre, chef étoilé du Shangri-La. Il y aura aussi un événement à Ankara. Ce sera l’occasion de promouvoir la gastronomie française et j’insisterai de nouveau sur l’agro-alimentaire. L’an dernier, la “soirée Canard” avait permis de déclencher des partenariats, ce qui explique que l’on trouve désormais davantage de canard dans certains restaurants et enseignes de grande distribution en Turquie. L’agro-alimentaire reste un défi pour nous. Les barrières non-tarifaires persistent, même si nous avons progressé sur l’importation de bovins reproducteurs.

Autre événement, la soirée Francophonie du 17 mars. Les vidéos du concours rencontrent une très belle fréquentation. Le thème de cette année est le football et nous avons invité Pascal Nouma, ma grande rencontre de l’année dernière. Je trouve qu’il porte une belle image de la France parce qu’il parle turc, qu’il aime la Turquie, qu’il demande la nationalité turque, qu’il fait une émission de radio ici… C’est aussi un ambassadeur sportif de notre pays. Nous préparons un dictionnaire franco-turc du football, qui sera distribué au cours de cette soirée.

Depuis peu, vous êtes très présente sur les réseaux sociaux : Twitter (tout comme l’ambassade), Facebook, Instagram… Quel usage en faites-vous ?

A titre personnel, j’étais un peu réticente au début. Moi qui suis très attachée au livre, je n’arrivais pas à lire sur un écran. Je me suis mise aux réseaux sociaux par nécessité, consciente qu’ils sont un témoignage de la vitalité de la société turque. Les Turcs sont les quatrièmes utilisateurs de réseaux sociaux au monde – devant les Français. Ces réseaux sont un espace de liberté irréductible, mais aussi un espace d’agressivité, voire d’insultes, de polarisation et de théories du complot. J’en découvre tous les jours !

Nous avons commencé avec la page Facebook du Consulat général, avant de nous mettre, plus récemment, à Instagram. J’ai remarqué que dans les réceptions, certains invités faisaient désormais des “selfies” avec moi… sans me demander mon avis (rires). Pour ce qui est de Twitter, j’ai attendu d’avoir un niveau de turc suffisant pour pouvoir twitter en turc… ce que je fais régulièrement, cela se voit à mes erreurs ! (rires) A ce sujet, on retrouve aussi sur les réseaux sociaux l’immense tolérance des gens sur l’usage de leur langue, ce qui est très agréable. Personne ne m’a corrigée l’autre jour lorsque j’ai twitté “Istanbul siste” au lieu de “Istanbul sis altında ” (ndlr : Istanbul dans le brouillard) sous une photo du pont du Bosphore…

Propos recueillis par Anne Andlauer et Eric Taver (www.lepetitjournal.com/Istanbul) vendredi 4 mars 2016

publié le 07/03/2016

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