La France et la Turquie, partenaires économiques de premier plan au sein du G20

Tribune de Mme Lagarde dans le quotidien Hürriyet, le dimanche 4 octobre 2009

La France et la Turquie, partenaires économiques de premier plan
au sein du G20

Quelle joie de retrouver, une fois encore, la Turquie du 2 au 5 octobre 2009 à l’occasion des assemblées annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international organisées pour la deuxième fois de leur histoire à Istanbul, après une première édition en 1955. C’est la première fois qu’un pays accueille à deux reprises ces assemblées. Pour cette métropole au carrefour des continents et au passé prestigieux, c’est une reconnaissance éclatante du rôle de grande place financière internationale. J’en suis très heureuse, car cela prouve que la Turquie assume pleinement son rang d’acteur influent sur la scène économique mondiale, comme le montre sa participation active, constructive et décisive au sein de cette instance principale de pilotage de l’économie mondiale que le G20 est devenu. C’est un motif de satisfaction pour la France, qui plaide depuis plusieurs années auprès de ses partenaires pour l’élargissement du G8 aux économies émergentes. La France et la Turquie agissent bien, la main dans la main, pour la stabilité économique et financière du monde.

Ces assemblées annuelles interviennent à un moment charnière pour le système financier international, après le sommet du G20 de Pittsburgh. Comme l’a rappelé le Président de la République Nicolas Sarkozy à l’issue de cette réunion capitale, la France a de nombreux motifs de satisfaction. Le G20 a déjà montré son efficacité à Pittsburgh, en nous permettant d’avancer dans plusieurs domaines clés. Les décisions arrêtées nous engagent tous.

Nous avons enfin ouvert le chantier de la refondation de la gouvernance mondiale. Nous nous sommes mis d’accord sur un transfert de 5% des droits de vote au FMI vers les pays émergents et pour un maintien des 24 membres du conseil d’administration. Cela suppose que les Européens fassent des sacrifices, et la France plaidera à nouveau auprès de ses partenaires pour que ces sacrifices soient faits. Nous engageons, sur les mêmes bases, la réforme de la Banque mondiale. La participation du directeur général de l’Organisation internationale du Travail au G20 a été définitivement décidée : cela signifie que la dimension sociale du G20 sera mieux prise en compte désormais. C’est une dimension essentielle à nos yeux. Celle du soutien à l’économie réelle. Celle du maintien de nos emplois.

La France prendra prochainement des initiatives pour que les huit normes fondamentales de l’OIT soient ratifiées par l’ensemble des membres du G20. Enfin, sur la question de la régulation du système financier international, nous nous sommes mis d’accord sur l’harmonisation des normes comptables - les règles de Bâle 2 -, qui seront désormais appliquées par toutes les banques, européennes comme américaines. Les banques qui ont des activités risquées au titre de la spéculation sur les marchés seront également obligées d’augmenter leurs fonds propres. Sur la question des bonus versés aux traders, des avancées majeures sont intervenues, pour la première fois : les bonus garantis supérieurs à un an ont été interdits, les bonus élevés seront désormais payés en différé. Enfin, le chemin parcouru en matière de lutte contre les paradis fiscaux est immense depuis le G20 de Londres en avril dernier : 150 accords d’échanges ont été signés par des paradis fiscaux, 12 pays sont passés de la liste grise à la liste blanche et 4 pays sont passés de la liste noire à la liste grise. Quinze pays ont décidé de mettre fin au secret bancaire en matière fiscale. Les paradis fiscaux, le secret bancaire, c’est fini !

La France, qui assumera conjointement la présidence du G8 et du G20 en 2011, est prête à prendre toute sa part de ces réformes indispensables à l’amélioration du fonctionnement du système financier international, comme elle le fait déjà depuis le déclenchement de cette crise économique majeure que le monde traverse. Ce travail en commun avec la Turquie, ce grand pays ami, dans ce moment clé, est à mes yeux très significatif de la qualité et de la densité de nos relations économiques et financières.

C’est toujours un plaisir pour moi de travailler avec mes homologues turcs. Hier comme Ministre du Commerce extérieur avec Kursat Tüzmen, mon homologue d’alors. Aujourd’hui avec Ali Babacan, Vice-Premier Ministre et Ministre d’Etat chargé de la coordination du pôle économique.

C’est que notre dialogue repose sur des relations denses et solides.

En effet, la France est aujourd’hui le deuxième investisseur étranger en Turquie, avec un stock d’investissements de 13 milliards de dollars. Nos 300 entreprises emploient plus de 70.000 salariés et font vivre, au total, plus de 300.000 personnes. C’est considérable !

Au-delà des chiffres, ce qui est remarquable, c’est que nos sociétés sont présentes dans le quotidien des Turcs : tout le monde ici connaît Danone, Carrefour, Total, Axa, Groupama, Renault, Peugeot, le Club Méditerranée, pour ne citer qu’elles. Sans oublier BNP Paribas et son partenariat avec la TEB ou DEXIA à travers sa participation dans DenizBank. Toutes ces entreprises prospèrent en Turquie avec souvent des partenariats réussis. Elles souhaitent y développer leurs activités. Elles ont confiance dans l’avenir de la Turquie, ce grand pays émergent d’avenir dont le processus de négociation avec l’Union européenne accélère la modernisation.

Nos grandes entreprises, comme nos PME, investissent en Turquie, comme l’ont fait encore cette année pour près d’un milliard de dollars, les groupes AXA, GROUPAMA et Renault. Et les PME françaises travaillent main dans la main avec leurs partenaires turques que nous encourageons d’ailleurs à se développer, en leur apportant le savoir-faire et les financements de l’Agence Française de Développement. Depuis son installation en Turquie en 2005, l’AFD a engagé plus d’un milliard d’euros de crédits publics français, ce qui fait d’elle le premier bailleur bilatéral en Turquie ! Outre le soutien au PME, l’AFD en Turquie accompagne également les investissements collectifs des municipalités turques, comme les transports en commun et le développement des énergies propres et renouvelables. Autant de chantiers communs à nos deux pays, que nous devons mener conjointement pour préparer l’avenir.

Cette dynamique et cette confiance réciproque, nous la retrouvons dans nos échanges bilatéraux. Notre commerce bilatéral s’est beaucoup développé ces dernières années, et la Turquie, comme la France, a su en tirer profit. Notre commerce bilatéral est équilibré, ce qui veut dire que nous bénéficions mutuellement de l’augmentation de ces échanges, et que les investissements turcs sont les bienvenus en France !

Sait-on en Turquie que la France est votre 6e partenaire commercial et représente le 4e débouché mondial pour les exportations de votre pays ? Sait-on, dans nos pays, que le commerce bilatéral s’élève à plus de 11 milliards d’euros, ce qui fait de la Turquie, pour la France, un partenaire presque aussi majeur que le Japon et plus important que le Brésil, l’Inde, le Canada ou l’Algérie ? Mais nous pouvons faire encore mieux. Notre objectif commun est de faire passer d’ici 2012 notre commerce bilatéral de 11 à 15 milliards d’euros. C’est un objectif ambitieux que nous nous sommes assignés conjointement, mais je sais que nous sommes en mesure de le remplir, malgré la crise qui a frappé nos économies.

C’est ce que je viendrai dire devant les hommes d’affaires turcs et français que je retrouverai dès la semaine prochaine à Paris pour le grand séminaire économique co-organisé par le MEDEF et la TUSIAD le 9 octobre dans le cadre de la Saison de la Turquie en France, en présence de votre Président de la République, M. Abdullah Gül et de notre Premier Ministre, M. François Fillon.

Saisissons ensemble cette grande chance que représente l’organisation de la Saison de la Turquie en France qui se déroule du 1er juillet 2009 au 31 mars 2010 et qui sera lancée officiellement par nos deux Présidents de la République la semaine prochaine à Paris !

Sachons capitaliser sur ce qui est déjà un très grand succès public en France, puisque les nombreux événements à caractère culturel qui ont déjà eu lieu ont attiré un public très nombreux, enthousiaste, admiratif et amical. Au-delà des grands événements culturels et scientifiques, cette Saison de la Turquie, dont le comité d’organisation est présidé du côté français par l’un de nos plus grands chefs d’entreprise, très impliqué en Turquie, Henri de Castries, Président du directoire d’AXA, sera l’occasion de très nombreux événements à caractère économique, organisés dans toute la France. Le séminaire de ce 9 octobre à Paris marquera l’ouverture du segment économique de la Saison de la Turquie en France, et je suis très heureuse que me soit donnée l’occasion de participer à ce lancement aux côtés de mon ami Ali Babacan.

C’est donc ensemble que nous allons relancer nos échanges dans l’intérêt de nos économies et de nos emplois. C’est ensemble que nous allons travailler lors de ces réunions d’Istanbul, comme nous venons de le faire à Pittsburgh. Oui, la France et la Turquie se sont donné rendez-vous, en partenaires responsables, en acteurs essentiels de la stabilité et de la croissance mondiale./.

Christine Lagarde
Ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi

publié le 22/11/2011

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