TRIBUNE DE LA CONSULE GÉNÉRALE – Ramadan “à la française” dans le petit journal.com d’Istanbul, 8 juillet 2015

TRIBUNE DE LA CONSULE GÉNÉRALE – Ramadan “à la française” dans le petit journal.com d’Istanbul.

http://www.lepetitjournal.com/istanbul/accueil/actualite/220409-tribune-de-la-consule-generale-ramadan-a-la-francaise

L’an dernier, un journal turc avait titré sur sa page de une"révolution française"quand nous avions annoncé l’organisation d’un iftar suivi d’un concert de jazz dans le cadre du festival"jazz au Ramadan". Cette année, la réaction surprise ("öyle mi ? ; Ne güzel" – "vraiment ? quelle bonne idée !") a suscité une attente : que nous organisions une nouvelle"nuit du Ramadan".

Oui nous organiserons de nouveau un dîner d’iftar suivi d’un concert de jazz dans les jardins du palais de France à Istanbul. Un concert de jazz avec le quartet d’André Manoukian accompagné de musiciens turcs tziganes et de Okay Temiz. Et le lendemain, l’Ambassade les recevra également, pour le premier concert du Ramadan, dans le cadre du festival de jazz "Ramazanda Caz".

Pourquoi notre "nuit du Ramadan" a-t-elle un tel impact ?

Probablement parce que la Turquie et la France sont-elles les seuls pays au monde où les questions de laïcité sont aussi ardemment débattues. On dit d’ailleurs que le terme de "laiklik" en Turc vient du concept français de"laïcité".

Ce faisant, le concept français de "laïcité" est souvent mal compris. La laïcité française n’exclut pas les religions ; elle ne les ignore pas. Loin d’une religion civile, c’est un mode d’emploi. La "laïcité" aménage la neutralité de l’Etat, de façon à assurer une coexistence harmonieuse entre croyants de différentes religions, et non croyants. La religion ne saurait être invoquée pour contester la loi civile que les citoyens se sont donnée par leur vote.

La laïcité n’est pas un obstacle à la pratique d’un culte, y compris l’Islam, la deuxième religion de France. L’islam est désormais enraciné en France, et largement accepté, et célébrer un iftar dans une résidence diplomatique en est aussi la reconnaissance. "Bon Ramadan" est devenu une expression française envers et parmi nos compatriotes musulmans, et nous développons un"Islam de France".

Cette année, comme son prédécesseur avant lui, notre Ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius accueillera les Ambassadeurs des pays de l’Organisation de la conférence islamique à un repas de rupture du jeûne, d’ailleurs la veille de notre nuit du Ramadan au Palais de France. Il saisira sans doute l’occasion pour réitérer, après les attaques de janvier causées en France par des terroristes islamistes et les craintes qu’elles n’alimentent une confusion avec l’Islam, que les autorités françaises sont extrêmement fermes face à la discrimination ou au discours de haine, fondé sur la race ou la religion. Des études récentes montrent que l’opinion française ne tombe pas dans le piège de l’islamophobie. Ceux qui rejettent l’islam comme incompatible avec les valeurs de la Républiques étaient deux fois moins nombreux fin janvier 2015 qu’en 2013.

Dans ce contexte, notre "Ramazan gecesi" comme les "Nuits du Ramadan" organisées par la ville de Paris ou par les services culturels de l’Ambassade de Franca au Maroc, donneront un exemple de fraternité et de diversité. Comme l’an dernier, nous accueillerons des amis d’horizons différents à un iftar turc traditionnel en nous inscrivant dans l’atmosphère particulière du ramadan et dans un esprit de dépolarisation. La seule touche de gastronomie française au menu sera le milföy (mille feuilles) au dessert, pour symboliser la diversité. Comme l’an dernier, nos invités à l’iftar rejoindront le public du concert de jazz après le repas, en lien avec les traditionnelles réjouissances du Ramadan.

Nous avons pensé que l’esprit de fraternité du Ramadan s’accorderait bien avec une rencontre musicale cette année, avec le jazzman français d’origine arménienne André Manoukian, Yarımdünya Hasan, Rüstem Çembeli, Ahmet Özden, and Okay Temiz qui joueront ensemble dans une "jam session" : un beau symbole d’ouverture et de réconciliation en 2015.

Pour finir, à ceux qui regrettent de devoir se passer d’un verre de vin français au Palais de France ce soir-là, je répondrais pour paraphraser l’Ecclésiaste qu’il y a un temps pour tout : un temps pour boire et un temps pour ne pas boire … Le respect envers les croyants en ce soir d’iftar ne doit pas être considéré comme une capitulation. Je me réjouis de la perspective que nous levions notre verre à l’occasion du 14 juillet, qui sera célébré à Istanbul, Ankara et Izmir.

D’ici là, je souhaite à tous ceux pour lesquels cela compte, d’une manière ou d’une autre, un "bon Ramadan".

Muriel Domenach, Consule générale de France à Istanbul (www.lepetitjournal.com/istanbul) mercredi 7 juillet 2015

Cette tribune a été publiée en anglais et en turc dans les quotidiens Hürriyet Daily News (07/07/2015) et Radikal (08/07/2015).

publié le 08/07/2015

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